mummystyle

Ce jour où tu es arrivée... - Mon récit d'accouchement

13:13:00







"Accoucher"

Un mot qui me paraissait bien abstrait avant de tomber enceinte. Je savais pertinemment que je passerais par là un jour mais tout est devenu plus concret lorsque tu t'es logée au creux de mon ventre, bien au chaud. Tôt ou tard, après neuf mois de patience, tu pointerais le bout de ton nez.

J'essayais de ne pas trop y penser, la perspective de cette étape ne m'enchantant pas. J'avais hâte de te rencontrer mais pas vraiment de passer par là. Entre temps, j'avais fait connaissance avec un tas de mots pas très sympa : épisiotomie, péridurale, césarienne, contractions, dépassement de terme... Rien qui donne très envie. S'ajoutait à cela le facteur "Inconnu", avec un grand I, parce qu'on a beau faire des cours de préparation à la naissance, on ne peut pas réellement savoir ce qui va nous arriver. 



C'était un après midi comme les autres. Jusqu'alors ma grossesse était plutôt paisible, presque facile. Passée la fatigue des premiers mois puis des douleurs ligamentaires, seul mon dos me faisait encore souffrir. Rien d'insurmontable toutefois. Ce jour-là, nous faisions les magasins tranquillement avec ton Papa. J'avais craqué sur un manteau que j'ai toujours d'ailleurs même s'il depuis bien longtemps trop petit. 

J'ai été soudainement prise d'un doute. Depuis combien de temps n'avais-tu pas bougé ? Pourtant, tu étais de ses bébés hyperactifs qui remuait sans cesse, me martelant avec tes petits pieds. Je ne sais pas pourquoi je sentais que quelques choses clochait. Sur le chemin de la maison, j'essayais de me rassurer. J'avais vu le gynéco quatre jours avant et il m'avait assuré, certain, que notre aventure irait jusqu'à terme. 

Peut-être que tu te plaçais... Après tout, il ne restait plus que deux semaines. La place commençait sûrement à te manquer.

On est rentrés, à la fois inquiet mais se rassurant l'un l'autre. Après tout, on s'inquiétait peut-être pour rien. Je me suis allongée, cherchant à me reposer. Peut-être est-ce tout ce dont j'avais besoin...?Nos petites astuces pour te réveiller ne marchaient pas. La main froide de Papa, les stimulations de Maman... On a appelé l’hôpital dans lequel j'étais suivi, à une plus d'une heure de chez nous. Eux aussi se sont montrés rassurant. Inutile de faire la route. Si vraiment j'avais peur, il me conseillait de me rendre dans celui de ma ville, à Amiens

Juste pour se rassurer, les batteries de téléphones presque à vides, sans les valises de maternités (pourtant prêtes depuis deux mois), on s'y est rendu, persuadés qu'on serait vite sorti.

Je me souviens de l'horloge dans l'entrée des Urgences Gynécologiques, elle affichait vingt heures. J'expliquais mon problème et, très vite, on me brancha à un monitoring. Tout allait bien. On se voyait déjà sorti, faisant un crochet pour prendre un truc à manger. J'avais faim. 

"Vous voyez tout va bien ! Allez encore 10 minutes et on vous libère". 

10 minutes. D'habitude, ça passe très vite. Mais là, elles nous avaient semblé interminables. Et soudainement, on a perdu la notion du temps, concentré sur la machine. Ton rythme cardiaque s'est vu brusquement ralentir, passant de 160 à 60. On a échangé un regard affolé. Pourquoi personne ne vient ? Il est remonté doucement. La sage femme est revenue, moins souriante. Elle nous a expliqué que le bébé était probablement fatigué, que dans tous les cas, je passerais ma nuit à l’hôpital. Tout s'est bousculé dans nos têtes. On ne s'était pas préparé à ça. On avait les yeux rivés sur la porte close, dans l'espoir qu'on nous donne plus de détails. Bébé était fatigué. C'est tout ce qu'on savait. 

Le cauchemar a continué. Une nouvelle fois, son rythme cardiaque a dégringolé pour remonter doucement, dans un concert de "bip" bien sonore. La porte s'est ouverte, toujours cette même mine bien moins enjouée. Cette fois, elle a parlé de "déclenchement", posant au passage un tas de questions.

Des contractions ? Est ce que je sentais bébé bouger ? 

Non, je ne ressentais pas grand chose. Aucune contractions, le bébé ne bougeait toujours pas. Par contre, je sentais cette boule dans ma gorge, ce ventre qui se nouait et l'angoisse qui ne cessait de s'accroître. Je savais intérieurement que c'était pour ce soir. Nous ignorions juste ce qui nous attendait. Ton Papa était toujours là, aussi inquiet que moi. 

Troisième fois ou la fois de trop.

On m'a demandé de lever pour changer de pièce. J'ai atterri dans un endroit bourrés de machines et de grands casiers remplis de matériel médicaux. La sage femme n'était plus seule. Je me rappelle d'une certaine effervescence, d'une femme à lunettes qu'on traitait avec respect et qui apparemment, était venu pour comprendre d'où venait le problème. Il me semble que c'était la chef de service. Ils m'ont installé dans un nouveau lit. Quelques secondes plus tard, on sondait mon ventre. Je ne distinguais pas grand chose sur l'échographe. J'ai tourné la tête vers Jérémie qui avait toujours son air soucieux. Et de quatre.

Là, il n'était plus question de plaisanter. La pièce est devenue une véritable fourmilière. La chef de service avait disparu mais elle fut rapidement remplacée par une foule de personnes qui nous a entouré, fouillant les tiroirs, claquant les portes de l'armoire métallique. La sentence était tombée, je partais en césarienne d'urgence.

Difficile de se préparer mentalement à cette idée, on prend conscience que l'heure est grave, que cet accouchement sera fait seul. J'avais gardé l'hypothèse de la césarienne dans un coin de ma tête mais jusqu'à ce moment là elle m'avait paru bien lointaine, presque impossible. Tout se concrétisait alors. Brusquement. Sans crier gare. Pas dans les meilleures conditions. 

Ils ont sorti leur engin de torture. Une sorte de rasoir qui épilait plus qu'il ne rasait. Je me souviens de l'aide soignante qui ne trouvait plus le dissolvant. Tout s'est précipité. Tant pis, il fallait que j'aille au bloc.

Un bisou à Papa et on y va !

Ton papa m'avait embrassé tandis que je basculai dans un autre monde. Ce monde où l'angoisse était passé maître et où mon esprit était déjà vaincu. Les larmes avaient envahi mes yeux, j'aurais tout fait à ce moment-là pour arrêter le temps. 

Sauf que le lit avançait inévitablement vers le bloc opératoire, sans que je puisse rien y faire. On a passé la porte et à l'intérieur s'activait des personnes en blouse mais aucun visage familier pour me réconforter. Ah si, la femme à lunettes était de retour, prête.

L'anesthésiste a débarqué. Lui était plutôt sympathique. Dans la cohue, je n'écoutais pas. L'angoisse s'était intensifiée, encore plus oppressante. Les battements de mon cœur résonnait dans mes oreilles. Je n'arrivais plus à retrouver mon calme et ce qui devait arriver, arriva malheureusement. Une crise d'angoisse, celle qui te coupe le souffle et qui t'empêche de respirer. Mes oreilles bourdonnaient. Je n'entendais plus rien. 

C'est à ce moment qu'un des membres de l'équipe m'a serré dans les bras. Je me souviens du son de sa voix bienveillante et ferme. C'est sûrement ça qui m'a ramené à la réalité

Vous me serrez autant que vous voulez mais maintenant il ne va plus falloir bouger, on doit vous poser la péridurale. 

Je me suis concentrée sur ça. Cette bribe d'humanité et ce bref instant de réconfort dans cet univers très médicalisé suffirent à me permettre de retrouver un peu de lucidité. J'ai senti cette aiguille qui s'est frayée un chemin entre mes vertèbres. Désagréable mais pas douloureux. C'était déjà fini. On m'a allongé sur la table, posant un champ qui me séparait de l'équipe et surtout qui m'empêchait de voir ce qui allait suivre. Je ne me souviens pas exactement de tout, comme dans un état second. J'étais fatiguée. Le pic d'adrénaline qui j'avais ressenti s'étant estompé, je me sentais "molle". 

23h20

Vingt minutes : c'est le temps qu'il aura fallu pour que tu sortes de mon ventre, quatre personnes appuyant dessus pour que tu veuilles bien sortir. Avec appréhension, j'ai attendu que tu cries. Mais tu ne l'as pas fait. C'est bête mais j'attendais simplement ça. Il fallait que tu cries, un peu comme dans les films, pour célébrer ta venue dans ce monde qui t'étais encore étranger. Il fallait que tu cries, comme pour me montrer que tu étais en bonne santé. J'ai senti ta joue contre la mienne, une brève seconde et tu es partie. Apparemment, on t'attendait de l'autre côté. Tu allais être bien entouré. 

J'ai attendu, attendu longuement, traversé par ce sentiment d'incertitude. Celui qui m'avait étreint et tenu la main durant toute l'opération me proposa d'aller voir. Sur le moment, j'ai trouvé sa question tellement idiote qu'il ne m'avait pas fallu lui répondre. Je crois que mon regard en disait tellement long qu'il avait compris. 

"Elle va bien"

Un soulagement immense a traversé mon corps. Ces trois mots ont suffit à me rassurer. Je n'avais plus peur. Je savais que tu serais ou étais déjà avec ton Papa. Le plus long ensuite a été de patienter, sagement, jusqu'au moment où moi aussi je pourrais te voir.  

D'abord, un peu de couture attendait les médecins. Bien quarante minutes se sont écoulés avant qu'il ait fini. Ensuite, il y a eu un problème d'attribution de lit. Celui qui m'était destiné avait été attribué par erreur à la femme qui passait après moi en césarienne. J'avais attendu, grelottante, avant de débouler le médecin (le fameux) et l'anesthésiste, l'air victorieux : "On a volé un lit !". 

Pour finir, j'ai attendu quatre heures interminables. Je ne voulais pas dormir pour que le temps qui nous séparait ne s'allonge pas davantage. Je me sentais faible mais lucide. Je ne voulais qu'une chose : te rencontrer. Peut-être ai-je somnolé. Enfin, il était compliqué de tomber dans les bras de Morphée quand quelqu'un vient t'appuyer par deux fois au milieu du ventre pour vérifier que ton utérus reprenne correctement sa place. 

La chambre était vide. Désespéramment vide. Mais où étais-tu mon bébé ? Et Jérémie ? 

Je me suis trouvée face à une nouvelle tête. "Ils arrivent", m'avait-elle dit. Tout en faisant ma toilette, elle m'a demandé si je voulais parler de ce qui m'était arrivé. Évoquer cette césarienne ne m'avait pas paru indispensable sur le moment. Ce que je voulais, c'était voir ma fille. 

Lorsqu'ils sont enfin arrivés, j'ai tout oublié. T'avoir dans mes bras, si petite, l'air si apaisée a suffit à faire disparaitre ma peine. On oublie tout. C'est peut-être difficile à comprendre, surtout si on ne l'a jamais vécu. Mais, cet être, pesant seulement trois kilos et quarante-six centimètres, a réussi cet exploit. 


Le 24 octobre 2014, j'ai accouché de toi, ma Lyloo, au CHU de Salouël, en Picardie. Ce que vous venez de lire, c'est mon histoire. Une histoire que j'ai tue durant plus de quatre ans, parce que je ne voyais pas vraiment l'utilité d'en parler. Bien sûr, il m'est arrivé de la raconter lorsqu'on me posait la question, avec plus ou moins de détails. Je ne l'avais jamais couché sur le papier auparavant. C'est sûrement la perspective d'accoucher une nouvelle fois qui me pousse à écrire, avec cette probabilité que je doive, peut-être accoucher par césarienne. Je n'écris surtout pas pour faire peur. Il n'y a pas vraiment de but à part d'extérioriser ce que je ressens, de partager ce que j'ai vécu, un peu comme un exécutoire. Chaque accouchement est différent, chacun le vit d'une manière différente. 


Merci de m'avoir lu 💕
A bientôt

Léa.

You Might Also Like

2 commentaires

  1. Oh ma belle merci pour ton vécu que tu nous partage. Je comprends ton angoisse mais parfois un accouchement peut être différent. Tendresse

    RépondreSupprimer
  2. Superbe article. Merci à toi de nous avoir partagé ton récit de ton premier accouchement. Je n’en ai pas perdu une seule miette. À la lecture j’ai compris ton angoisse... heureuse que tout se fini bien ❤️❤️

    RépondreSupprimer

Articles les plus consultés